25.05.2007

Ailleurs si j’y suis

« Voir ailleurs si j’y suis ? Ca aurait pu être le titre de mon roman ! » rigole Insa Sane devant un parterre de lycéens. Ce jeune écrivain, venu du slam et du hip-hop, a écrit Sarcelles-Dakar : l’histoire d’un jeune banlieusard qui part vers le Sénégal pour se réconcilier avec son père, et surtout retrouver ses racines. Un roman qui mélange aussi « plusieurs langages de l’oralité : celui de la banlieue, dont les images enrichissent la langue française. Et celui de la poésie africaine, de l’art des griots. On passe de l’un à l’autre au fil de l’histoire... »

medium_magic-mirror.jpg« Aller ailleurs, c’est aussi retrouver une part de soi », poursuit Olivier Maulin. Comme ses deux personnages de En attendant le roi du monde, loufoques, exaltés et perpétuels insatisfaits, qui vont sur les routes pour « se chercher une place dans le monde ». Timothée de Fombelle, auteur de deux tomes de Tobie Lolness renchérit : « l’évasion complète, c’est la littérature. Pourtant, on ne peut pas échapper non-plus à notre nombril ». Il a bien tenté de créer un monde de toutes pièces, avec des héros de 1,5 mm qui vivent dans un arbre, mais à la relecture, il s’est aperçu que son héros lui ressemblait quand-même fortement. « Tobie Lolness c’est moi, même si je ne le voulais pas ! ».
« Pourquoi écrire, pour quel public ? » lui demandent encore les lycéens. « Parce que c’est une envie, un besoin que j’ai depuis tout jeune... ». Quant au jeune public, « c’est le plus ouvert, celui que l’on touche le plus profondément. Même si ma grand-mère de 82 ans attendait aussi le deuxième tome de Tobie Lolness avec impatience ! ».


Sarcelles-Dakar fait le plein de compliments auprès des lycéens

medium_eleves-cafe-litt-ailleurs-s.jpgPour Adrien, Etienne et Ségolène, lire est habituellement une contrainte. Mais ces trois élèves de seconde du lycée agricole de Caulnes, dans les Côtes d’Armor, ont littéralement dévoré le Sarcelles-Dakar d’Insa Sane, « parce que l’on se sent proches du personnage, et que le style d’écriture nous a plu particulièrement ». Ils ont également étudié l’ouvrage en classe et réalisé un carnet de bord. Cela leur a certes donné un goût nouveau pour la lecture, « mais on va lire seulement les futurs livres de cet auteur ! ». Interrogé lors du café littéraire, Insa Sane leur a confié : « le voyage, comme l’art, sont l’occasion de quitter tous nos costumes habituels. Seul l’artiste peut d’ailleurs se montrer nu, vulnérable ». Définitivement enthousiastes, les lycéens se sont pressés autour de l’auteur pour se faire dédicacer son livre.

Jean-Marie Ily

Dans le noir du monde

medium_noir-du-monde-1.jpgSi le ciel malouin s’est teinté de gris en ce deuxième jour de festival, c’est de noir dont on a parlé salle Maupertuis. À travers les romans de Viviane Moore (Les Guerriers Fauves, 10/18, 2006), Kim Tran-Nhut (La poudre noire de Maître Hou, Picquier, 2002) et Mickaël Ollivier (Trois souris aveugles, Albin Michel, 2002), les lycéens ont été invités à s’immiscer Dans le noir du monde. Elles étaient véritablement prêtes à l’aventure ces trois classes de seconde des lycées Sévigné de Cesson, Descartes de Rennes et Charles De Gaulle de Vannes. Ainsi avaient-elles travaillé sur les romans dont il était question, mais aussi sur d’autres ouvrages des auteurs, voire même les films tirés de ces livres. Et c’est consciencieusement préparés à cette rencontre que les élèves ont pu se lancer dans l’échange.

medium_noir-du-monde-2.jpgOn a d’abord parlé du choix du noir, de l’origine de l’attrait pour cette littérature. Mickaël Ollivier a ainsi expliqué qu’il ne s’agissait pas d’un choix réfléchi, mais d’une idée précise qui l’avait mené vers le noir. Il a ensuite avoué y avoir désormais pris goût. Viviane Moore, elle, regrette cette logique de classification de la littérature par genre. A ses yeux, le noir est un outil : utiliser des enquêtes policières permet une approche libre de la société. Kim Tran Nhut rejoint elle aussi cette approche quelque part utilitaire du roman noir : c’est par hasard qu’elle y est venue, le genre s’adaptant à l’écriture à quatre mains, jeu qu’elle pratique avec sa sœur.

medium_noir-du-monde-3.jpgCes trois auteurs et leur approche du roman noir moderne ou historique ont véritablement conquis leur lectorat. Laure, élève de 2de 1 au Lycée Descartes, sort radieuse de l’amphithéâtre. Elle a trouvé « super conviviale » cette rencontre qu’elle avait préparée en lisant un roman de chaque auteur, alors que seul celui de Viviane Moore lui était imposé. Il est ainsi important pour elle qu’on lui donne l’opportunité de montrer son point de vue, de pouvoir exprimer le ressenti de la lecture. Les lycéens ont même joué les experts, faisant remarquer à Mickaël Ollivier qu’une identification de l’ADN dans les cheveux comme celle qui permet l’identification de l’assassin dans son roman, n’est en réalité possible qu’en examinant le bulbe du cheveux, donc pas concevable sur des cheveux coupés. Surpris, l’écrivain n’en a pas moins félicité les élèves pour leur perspicacité.

Les professeurs aussi arboraient le sourire après ce café littéraire qui « sort le roman du tout fictif », mais regrettaient néanmoins de ne pas avoir l’opportunité d’une rencontre plus personnalisée. Dans le couloir, l’entrain des lycéens a été plus fort que le planning officiel : les auteurs se sont prêtés au jeu des dédicaces pour le plus grand bonheur de tous.

Julie Heurtel

Les mythes attaquent…

Face au succès des romans de Tolkien et de J. K. Rowling, force est de constater que le mythe a la cote. Petits et grands, les lecteurs sont férus de fables et monstres en tous genres…

Cet après-midi, trois classes de lycéens étaient conviées à débattre avec Marie Desplechin, pour son roman Dragons (L’Olivier, 2003) et Insa Sané, auteur d’un premier roman intitulé Sarcelles-Dakar (Sarbacane, 2006). Quelle serait la littérature sans les mythes ? A chacun sa version… Le mythe du dragon est une façon implicite pour Marie de rendre hommage à un proche décédé, à travers le personnage d’Emmanuel. L’approche intimiste et la libération de la sexualité dans le roman semblent avoir interpellées les lycéens. Même thème, mais univers tout à fait différent pour Insa Sané. Pour cet auteur africain, le mythe sert en quelque sorte à réconcilier l’inconciliable, à partir du moment où l’on garde « notre âme d’enfant ». La sexualité est également présente dans son roman: « je pense qu’on peut tout écrire et je ne m’interdis rien, à partir du moment où la sincérité est présente. Et « ce n’est pas au vieux singe qu’on apprend à faire la grimace », rajoute t-il avec humour, « Tout le monde sait que le loup du Petit Chaperon rouge a une connotation sexuelle ». C’est du mythe grec d’Echo et Narcisse que s’inspire Insa Sane, qui transforme l’Harmattan (un vent du désert africain), en une créature féminine. Pour nous plonger dans son univers onirique, Insa s’enflamme, et attaque en slam une version du livre. De tous les mythes, il semblerait pourtant que celui de l’amour soit le plus difficile à élucider pour nos auteurs…

Valérie Nescop

Le prix de la créativité... et de l'ambiance !

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Qui a dit que les cérémonies devaient être rasoirs ? Ce n’était certainement pas l’avis des lycéens réunis vendredi matin à l’Auditorium pour la remise des prix Carnets de bord. Ces élèves, venus d’une vingtaine de lycées bretons sélectionnés par la région, ont travaillé à l’élaboration de carnets de bord rassemblant les comptes-rendus de leurs travaux autour du livre, de l’auteur et du thème proposé par Etonnants Voyageurs. Et pour la première fois des classes de CFA (Centre de Formation des Apprentis) participaient à ses journées scolaires, manière de rappeler qu’aucune filière ne devrait être oubliée par la culture.

medium_remise-prix-lycee-3.jpgEt donc on chahute gentiment en prenant place, on acclame les camarades appelés sur scène et surtout les auteurs sont ovationnés, façon rock stars pas moins ! Pas de doute, la lecture enthousiasme nos élèves… Mention spéciale à Insa Sané, l’auteur de Sarcelles-Dakar (Sarbacane, 2006) et membre du groupe de rap 3K2N, qui remporte tous les suffrages auprès des jeunes.

medium_remise-prix-lycee-6.jpgLes quatre lycées distingués cette année sont :
- Le lycée Jean Macé de Lanester pour leur travail sur le livre d’Insa Sané Sarcelles-Dakar (Sarbacane, 2006)
- Le lycée Joseph Loth de Pontivy avec un carnet de bord graphiquement très original inspiré du livre de Lorris Murail Les semelles de Bois (Grasset jeunesse, 2007)
- Le lycée Laennec de Pont l’Abbé avec là encore un travail sur Sarcelles-Dakar d’Insa Sané
- L’institution la Providence de Saint-Malo qui avait lu le livre d’Olivier Maulin En attendant le roi du monde (l’Esprit des Péninsules, 2007), prix Ouest-France Etonnants Voyageurs en 2006

medium_remise-prix-lycee-5.jpgEnfin, le jury a tenu à décerner un coup de cœur au lycée Jean Jaurès de Rennes pour leur étude de l’Inhumaine nuit des nuits (Albin Michel, 2004) de Mikaël Ollivier. Et c’est Marie Desplechin elle-même qui clôturera la matinée en décernant son propre coup de cœur impromptu aux élèves du BEP mode du lycée Saint-Georges de Vannes qui avaient réalisé une superbe robe, très XIXe siècle, inspirée de son livre Satin grenadine (Ecole des Loisirs, 2004).

Jonathan Rolland