28.05.2007
Polars venus du froid
« La direction du festival a fait en sorte d’installer un temps norvégien » pour recevoir ces 3 auteurs de « polars venus du froid » a commencé par déclarer l’animateur Patrick Raynal. Jo Nesbo, Gunnar Staalesen et Kjell Ola Dahl comptent parmi les nombreux auteurs de polars nordiques traduits en français. Pourquoi ce succès ? « I don’t know » répond Jo Nesbo ! Ce qu’il sait, c’est que les longues soirées d’hiver laissent le temps aux parents de raconter beaucoup d’histoires et de légendes aux enfants, et que cela nourrit l’inspiration.
Le débat est à peine lancé, à propos des personnages, que déjà les problèmes de prononciation des noms commencent ! Kjell Ola Dahl fait remarquer à ce propos qu’il n’a jamais réussi à prononcer « D’Artagnan » ! Les protagonistes sont en effet très importants dans les polars car le lecteur s’attache à l’enquêteur. Kjell Ola Dahl explique qu’il s’intéresse beaucoup à ses héros, pour avoir envie d’écrire d’autres histoires avec ces personnages, montrer de nouvelles facettes de leur personnalité.
Varg Veum, l’enquêteur privé de Guannar Staalesen boit énormément après les enquêtes difficiles alors qu’il ne gagne jamais d’argent. Ce petit détail ne semble pas gêner l’auteur. Ce dernier répond dans un français approximatif mais compréhensible - qui lui a valu quelques applaudissements - que « le personnage vit de ce que je l’ai créé ! ».
L’alcool est également présent dans le roman très noir de Jo Nesbo. « Tous les héros ont un talon d’Achille », pour son enquêteur Harry Hole, c’est l’alcool. Ce dernier « a lui-même commis des crimes horribles » mais dans d’autres romans de Jo Nesbo malheureusement pas traduits en français. Celui qui mène l’enquête est donc confronté aux mêmes dilemmes moraux que ceux qu’il poursuit. Le héros n’est pas toujours quelqu’un de bien mais il essaie de rebondir sur ses erreurs ». Un personnage attachant, et qui plait particulièrement à la gente féminine.
C’est pourquoi lorsqu’on on lui demande s’il ressemble dans son personnage, Jo Nesbo s’autorise parfois à répondre oui !
Julie Zaug
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Slam Sauvage à la chapelle
Les lieux sont imposants : bibliothèques pleines d’ouvrages anciens de chaque côté, vitraux aux fenêtres et grandes voûtes au dessus de nos têtes. Mais qu’importe pour le crew de Slam Sauvage qui s’apprête à offrir un prêche peu ordinaire. L’acoustique de la chapelle de l’Ecole Nationale de Marine Marchande les soulage de l’usage des micros. Les voilà partis pour le récital. Ils sont quatre slameurs : Rouda, Lyor, Neobled et Souleymane Diamanka. Ils lancent leur flow, chacun leur tour, chacun avec son propre style, seul ou dialoguant entre comparses.
Bien loin des clichés, c’est de la poésie qu’un public pourtant peu habitué à ce genre de manifestation est venu chercher. Et ils ont été servis par un plateau de choix. En français, polonais ou peul, le débit et la voix nous guident quand on ne comprend pas le sens. L’écho fait résonner des textes offerts à cœurs grand ouvert, des mots raisonnés pour les maux de la société, comme pour ceux des bonhommes. De « l’art contestataire », « juste un moment d’humanité » comme ils nous disent.
Une fois achevée une performance dont on n’aurait pas voulu entendre venir la fin, le public se lève, conquis autant que surpris. Une dame va voir Souleymane Diamanka, lui exprimer son émotion. Elle aussi écrit des textes, elle aimerait pouvoir oser aller plus loin. Ils échangent, sûrement à ce propos. Juste un moment d’humanité.
Julie Heurtel et Valérie Nescop
20:25 Publié dans 7 - Rencontres et débats | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Le voyageur amoureux qui voulait écrire au monde.
C’est dans une salle comble que Bernard Giraudeau est venu présenter son dernier ouvrage, Les dames de nage, aux festivaliers présents à l’Ecole de la Marine Marchande. Ou tout au moins à ceux qui s’étaient présentés suffisamment tôt tant il y avait de monde à vouloir écouter l’acteur dans son rôle d’auteur.
A la question « pourquoi Les dames de nage ? », ce natif de La Rochelle prend le temps d’expliquer que les dames de nage sont, dans le vocable des marins, les pièces dans lesquelles les rameurs placent les avirons. Giraudeau confie alors que comme les rameurs, il a lui aussi « toujours eu besoin des dames pour avancer ». L’auditoire masculin approuve tandis que le public féminin se sent flatté d’un tel compliment…
Bernard Giraudeau, marin, réalisateur, acteur, auteur, est avant tout un voyageur qui à 60 ans, nous livre dans un ouvrage presque autobiographique ses impressions de voyages à travers le personnage de Marc Austère. Cette envie « frénétique » de capturer des instants de vie la caméra au poing, de « tout le temps prendre des notes » sur le vif sont effectivement des habitudes que l’on retrouve aussi bien chez l’auteur que chez son personnage.
Ayant voyager à travers le globe, Giraudeau s’estime prêt aujourd’hui à réaliser cette ambition de gosse : « écrire au monde ». Se permettant au passage de décrire le monde, ses habitants, ses vies, ses histoires comme seul quelqu’un de suffisamment « vigilant » et « poreux » peut aimer nous le raconter, à nous, ses lecteurs.
Les dames de nage se présente comme un recueil d’histoires successives dans une même vie guidée par la recherche de l’idéal féminin qui prend pour l’occasion le nom d’Amélie. Cette quête de l’amour est l’occasion pour le lecteur de découvrir une écriture « polissée ». Car Giraudeau aime les mots, aime choisir les mots, aime travailler le rythme que ses mots construisent, rythme qu’il impose volontairement à ses lecteurs consentants. Cette approche de l’écriture donne naissance à des textes emplis de sensualité, réveillant chez chacun l’amour de son Amélie, « celle qui dort sous les paupières », celle qui nous fait « ressentir dans le ventre une douleur qui fait du bien », celle qui est « parfaite ».
Mais Amélie n’est autre que le premier amour d’un petit garçon de 13 ans agrémenté des fruits de son imagination une fois devenu adulte, celle que l’on ne trouve finalement jamais, et l’on se dit qu’il est bien cruel de devoir grandir pour vivre dans un tel tourment !
Paul Vulcain
19:50 Publié dans 7 - Rencontres et débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Un après-midi dans l’espace
L’espace est un domaine encore peu connu de l’homme qui laisse la place à toutes sortes d’hypothèses. Qui dit espace dit donc OVNI. Les extra-terrestres sont ainsi entrés dans le débat. Bruno Mauguin, responsable du planétarium de l’Espace des sciences de Rennes, pense que « s’il y a la vie sur terre, et elle existe d’ailleurs sous plusieurs formes, il est possible que la vie existe ailleurs… ». Ce constat n’est pas fait pour rassurer même s’il pique notre curiosité. L’anthropologue Pierre Lagrange, qui a présenté son documentaire Enquête sur les OVNI, souligne que « Les hommes ne se comprennent déjà pas eux-mêmes, alors comment appréhender de nouvelles formes de vie ? ».
Cela ne semble pas poser de problème aux écrivains de science-fiction en tout cas. Les théories scientifiques les ont toujours inspiré. Et ce qui était de la science-fiction il y a 50 ans est parfois devenu l’actualité…
Qui dit espace dit aussi navettes spatiales, fusées, planètes. Les 2 courts-métrages du CNES, Un hublot sur la planète et Visite virtuelle d’une station spatiale, ont ensuite permis au public de se mettre en orbite, et de partager la vie des astronautes pendant quelques minutes.
Parallèlement, la réalisatrice Valérie Winckler déplore que le vol spatial se banalise. La conquête spatiale reste une grande aventure. « L’expédition dans l’espace aujourd’hui est similaire à la découverte des océans il y a 500 ans, on ne sait pas ce que l’on va trouver au bout. J’espère que vous allez retrouver ce plaisir et cet émerveillement devant ce film ». C’est sur cette note que Valérie Winckler a laissé le public découvrir son film primé par les étoiles de la Scam : Plus loin que le bleu du ciel (Europimages, 2004).
Julie Zaug
18:30 Publié dans 7 - Rencontres et débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Comment résister à l’hommage à René Char ?
La chapelle de l’Ecole Nationale de la Marine Marchande se fait l’écho de la poésie depuis l’ouverture du festival. Et il faut bien reconnaître que ce lieu aux murs de pierres habillés de bois se prête admirablement bien à la lecture des vers que distillent avec passion, sincérité et émotion les personnalités qui ont accepté de se plier à ce délicat exercice. Les mots résonnent, à peine perturbés par le grincement de la lourde porte qui vient désigner les retardataires…
Il est 16h00, André Velter, suivi de Sylvia Lipa-Lacarrière et Yvon Le Men prennent place devant l’auditoire et s’apprêtent à rendre hommage à René Char qui aurait eu 100 ans cette année.
René Char a été chef du maquis du Vaucluse (connu sous le nom de Commandant Alexandre). André Velter, ami du poète disparu, décrit ce héros de la résistance, ce géant de stature comme d’humanité, ce personnage entier qui maîtrisait parfaitement la langue française, qui était capable de se projeter dans une réflexion conceptuelle tout autant que de s’émerveiller des choses simples que la nature offre à nos sens. Velter dit enfin de lui qu’il était un « paysan médium » qui ne pouvait accepter les bassesses de ce monde, lui, Char, qui souhaitait tant de bien pour les hommes. « Il n’y a pas de place pour la beauté, toute la place est pour la beauté ». Char était parfois dépeint comme « un grizzly ayant avalé un rossignol », et Velter d’ajouter : « il parlait le langage des anges ».
Sylvia Lipa-Lacarrière confie avoir découvert René Char à l’âge de 17 ans et avoir grandi avec ses poèmes et leur compréhension, des poèmes « que l’on porte en soi » toute sa vie après les avoir lu. Yvon Le Men met l’accent sur Les Feuillets d’Hypsos, les seuls textes de la période résistante de Char non détruits, et en extrait des passages sur la valeur des hommes, comme autant d’invitations à la méditation…
Les lectures d’extraits poétiques se succèdent et il apparaît évident qu’il ne peut s’agir que d’une mise en bouche vu l’heure impartie. Les tirades mettent en évidence le talent de Char. « L’horizon des monstres était trop proche de la terre » ; « la foudre au visage d’écolier » ; « il ne reste que les yeux pour crier »; et tant d’autres métaphores encore… Le public écoute et se délecte de la force de l’imaginaire de René Char, et nul ne doute que chacun ira lire ou relire les écrits du poète en rentrant chez soi.
Paul Vulcain
18:25 Publié dans 7 - Rencontres et débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le coeur battant du festival
Café Littéraire. L’origine exacte du concept n’est pas véritablement connue, et sans doute remonte-t-elle aussi loin que le siècle des Lumières, lorsque Madame de Sévigné fréquentait les salons parisiens. Maëtte Chantrel, l’animatrice du Café Littéraire de Saint-Malo, raconte qu’en 1990, alors qu’avec Michel le Bris et Christian Rolland ils préparaient le premier festival Etonnants Voyageurs, elle a eu « l’idée d’un lieu où il y aurait toujours de la lumière », un espace de rencontre où se croiseraient toutes les voix du monde, du matin jusqu’au soir, abordant la littérature « de façon décomplexée et vivante ».
Et l’idée est tellement bonne que dès la première édition un journaliste du Times écrit « le Café Littéraire est le véritable cœur du festival ». L’expression, depuis, est restée.
Personne ne s’y trompe d’ailleurs. L’ambiance chaleureuse, les rencontres passionnantes et la bonne humeur qui règnent ici ont conquis au fil des ans un large public, toujours fidèle. C’est ce qui fait toute la particularité du lieu pour Michel Abescat, rédacteur en chef adjoint de Télérama et co-animateur du Café Littéraire « j’anime des débats dans beaucoup de salons littéraires. À Saint-Malo, ce qui est frappant, c’est l’écoute du public. Ce n’est pas un public anonyme, ils sont tellement présents qu’on à maintenant l’impression de les connaître ». Et c’est peut-être cette proximité du public qui fait naître un véritable échange, au-delà même du thème des rencontres. Pascal Jourdana, journaliste littéraire également co-animateur du Café Littéraire, l’a ressenti : « les plateaux sont organisés autour de thèmes qui ne sont, après tout, que prétextes à la rencontre et à la discussion ; sur l’écriture, le voyage, l’imaginaire… J’aime quand ce fil rouge apparaît, quand d’un plateau à l’autre, d’un invité à l’autre, une réflexion se prolonge au-delà des langues et des nationalités, une préoccupation commune aux auteurs, au public, à l’époque… ».
Cette année encore le Café Littéraire reste la vitrine du festival, de nombreux lieux nouveaux ont vu le jour, et pourtant dès l’ouverture des portes au grand public, la salle était comble. Près d’une centaine d’écrivains devrait se succéder sur le plateau, et quant à vous donner une indication sur les rencontres à ne pas rater, de l’aveu même de Maëtte Chantrel « c’est impossible, j’ai trop de coups de cœur cette année, la programmation est vraiment très riche ».
Jonathan Rolland
15:40 Publié dans 7 - Rencontres et débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.05.2007
Dans le monde sauvage
16h, le café littéraire ne désemplit pas, les festivaliers s’agglutinent pour pouvoir s’évader... La rencontre porte sur le monde sauvage et notamment les grands espaces américains. Un thème réccurent du festival, Jim Harrison (Dalva, Christian Bourgois, 1989 ; 10/18, 2004) était venu en l'an 2000, Elwood Reid (La seconde vie de D.B. Cooper, Albin Michel, 2005) l’an passé.
Cette année, Dan O’Brien a quitté son ranch où il élève des bisons (Les Bisons du Coeur-Brisé, Au Diable Vauvert, 2007), Mariusz Wilk a laissé derrière lui le Grand Nord russe (La maison au bord de l'Oniégo, Noir Sur Blanc, 2007). Melanie Wallace les accompagne. Son livre Sauvages (Grasset, 2007) se situe dans les Grandes Plaines de l’Amérique de l’Ouest mais elle y aborde le thème de l’enfermement. C’est sur cette contradiction qu’est lancé le débat.
Quant à Dan O’Brien, il explique dans un livre teinté d’autobiographie comment les vaches importées d’Europe ne sont pas faites pour les grandes plaines, d’où son intérêt pour les bisons. Elles donnent l’impression d’être des peintures qui ne cadrent pas dans le paysage : « elles ne sont que des touristes ! », s’indigne-t-il. Plus profondément, Dan O’Brien dresse le portrait des habitants de ces espaces reculés, et leur redonne une histoire qu’ils ne connaissent pas eux-mêmes. Et Mariusz Wilk de renchérir que les autochtones du nord-ouest de la Russie ne sont pas nombreux non plus à connaître leurs ancêtres. « J’ai l’impression que Dan O’Brien et moi écrivons des choses similaires, lui à l’Ouest et moi à l’Est ».
Grand voyageur, Mariusz Wilk est né en Pologne avant de traverser le grand nord russe, les pays baltes et bien d’autres pays. Parti à la rencontre des populations locales, il prétend que « pour bien voyager, il faut rester longtemps au même endroit ».
Julie Zaug
18:55 Publié dans 7 - Rencontres et débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Cinémonstres de Bilal
Il y avait une queue monstre, dimanche, devant le Magic Mirror. Les badauds, interloqués, avaient rapidement rejoint le cortège, malgré la pluie. Derrière le chapiteau, un autre monstre : Enki Bilal. Malheureusement, tout le monde n’a pas pu rentrer, malgré les tentatives de l’équipe du dessinateur.
Cette fois, il n’est pas question de bande dessinée, mais de « cinémonstres », une projection d’un film singulier, reprenant Bunker Palace Hotel, Immortel et Tykho Moon, ses trois films. Habituellement peu bavard, Bilal , s’est expliqué sur son « projet monstre » : « Ce que vous allez voir est une reconstitution, un objet filmique non identifié. Il s’agit d’un travail d’art brut contemporain, réalisé en trois jours, commandé par la GEODE à Paris. Ce travail est volontairement non narratif. C’est une matière condensée, un objet tout à fait atypique ». Le ton est donné ! Ce qui va nous être présenté sera énigmatique, voire un peu angoissant. Le contexte météorologique malouin semble même faire partie du décor… « Il fait froid », observe Bilal : « J’en suis ravi ». Dans ces conditions particulières, la projection est lancé…
Une heure dix plus tard, le public est quelque peu abasourdi. Rupture, couleurs froides, chevelure rouge fluo, violence, cinq langues étrangères différentes : Le film interpelle. Les premières réactions à chaud sont difficiles… Toutefois, Julien se lance : « Je vous ai beaucoup lu, mais jamais vu. Au départ, j’ai essayé d’y trouver un sens, puis je me suis concentré sur les images et le son. J’ai eu un temps l’impression de me trouver dans votre univers - excusez-moi de vous le dire - plutôt angoissant ». La réaction d’une spectatrice arrache quelques sourires dans l’assemblée : « Je n’avais lu ni livres ni bd. J’ai trouvé ce film étrange, violent, et la part d’humour dont vous parlez m’a totalement échappée. Je m’inquiète pour votre tête ! J’ai apprécié le film, toutefois je ne peux m’empêcher … (elle hésite) : Quelle est votre part d’humanité dans tout ça ? » Enki Blilal rigole, mais visiblement, le commentaire fait mouche : « Ca va mieux dans ma tête », plaisante t-il ! « Je suis conscient qu’il s’agit d’un film particulier. J’ai souhaité garder l’idée de plusieurs langues. La démarche, c’était de ne pas sombrer dans la sophistication, de ne pas chercher un sens, puisque cet objet n’est pas destiné à la commercialisation. Il s’agit d’un ovni ! Je pense par exemple à des œuvres de Lynch. Ses œuvres, pourtant fascinantes, sont hermétiques. Je m’inscris un peu dans la même démarche. La compression de ces trois films, bien que singulière, fait sens. J’aimerais beaucoup que Godard en fasse de même avec ses films ».
Bilal, c’est surtout des thèmes récurrents, obsessionnels… « J’ai l’impression de raconter toujours les mêmes histoires : des personnages manipulés, qui se déplacent tout le temps, en quête d’identité. C’est peut-être dû au fait que je n’ai jamais connu la paix durant mon adolescence. Certains lieux comme les hôtels ou les salles reviennent tout le temps. Mais que dois-je faire ? » .
Dans « cinémonstres », la violence est omniprésente, miroir de l’être humain : « mes films sont violents, mais cette violence ne me déplaît pas, car elle n’est pas gratuite. Elle est le fait des personnages les plus vils. Le sommeil du monstre, c’est le monstre qui sommeille en chacun de nous, et je suis intimement persuadé que l’homme et la monstruosité sont liés. Cette obsession de la mort que l’on m’octroie est fausse. Il s’agit plutôt de la non-mort ». L’auteur souligne toutefois l’humour, parfois salvateur du film, « Les gens ont peur de mourir. Trintignant se clone dans le film, Piccoli, lui, ressuscite. Il y a quand même de l’espoir ».
C’est sur cette note de poésie que s’achève une rencontre atypique, autour de l’œuvre étrange réalisée par un Bilal « monstrueusement » talentueux.
Valérie Nescop
17:55 Publié dans 7 - Rencontres et débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'esprit du voyage
La qualité de l’échange entre Gilles Lapouge (Le bois des amoureux, Albin Michel 2006) et André Velter (Midi à toutes les portes, Gallimard 2007) aura finalement réussi à faire oublier aux festivaliers l’absence de dernière minute de David Fauquemberg (lauréat du Prix Bouvier pour son roman Nullarbor, Hoebeke 2007) à l’auditorium. Sur le thème de l’esprit du voyage, de l’imaginaire à la réalité des frontières, les deux auteurs nous ont fait partager avec spontanéité et humour leur point de vue.
Si l’important est de voyager, ce n’est pas tant pour atteindre une arrivée souvent décevante que pour construire le chemin qui y mène. Ainsi le voyage n’est pas une fin en soi. L’ardennais André Velter invite chacun à se laisser guider par ses envies dans le cadre d’un voyage, comme lui se laisse guider par le nom des lieux et de la curiosité qu’ils suscitent à son esprit. « A condition de savoir abandonner la notion du temps pour voyager sans contrainte » ajoute-t-il, expliquant au passage que « les oiseaux n’ont de voyageurs que le nom tant leurs trajets sont automatisés ». Garder la liberté dans le voyage reste essentiel !
Pour Gilles Lapouge, il faut penser que le voyage peut également venir à nous, comme c’est le cas dans son roman. Lorsqu’un voyageur débarque dans un village, racontant les choses du monde, il devient vite un personnage très important. Peu importe d’ailleurs que ce qu’il raconte soit vrai ou faux la frontière est mince du moment qu’il fait voyager en rêve son auditoire…
Une notion de frontière qui passionne Lapouge, qui voit ceux qui les tracent et ceux qui les gardent comme des personnages fascinants. « Seul Dieu peut décider qui a telle nationalité ou telle autre » pense-t-il depuis sa prime jeunesse. Velter, grand amoureux de l’Inde, raconte encore comment il a attendu des années l’ouverture par la Chine de la frontière tibétaine aux voyageurs individuels, et le plaisir d’autant plus grand de la franchir à pied. Alors, peut-on imaginer un monde sans frontières ? Et même si elles existent, qu'elles puissent au moins être dépassées...
Paul Vulcain
14:20 Publié dans 7 - Rencontres et débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.05.2007
Hommage à Raymond Depardon
Terra del Fuego. Ushuaïa. 1999 © Raymond Depardon/ Magnum Photos
Cet après-midi, le festival Etonnants Voyageurs rendait hommage à un grand nom de la photographie et du cinéma : Raymond Depardon présentait au Vauban Un homme sans l’Occident, film tourné en 2001 au Tchad, en Afrique. Après la projection, le cinéaste s’est rendu disponible pour répondre aux questions du public, pour défendre ce film particulier, tourné en noir et blanc et avec peu de moyens. Depardon s’explique : « Je me suis rendu au Tchad pour la première fois durant les années 7O. Ce pays m’a beaucoup touché, il est évidemment très fragile. Les Tchadiens qui ont tourné dans mon film sont les seuls noirs qui vivent dans le désert depuis vingt-cinq siècles. Hérodote en avait lui-même déjà parlé ». Mais ce qui anime l’ancien reporter de guerre, c’est cet insatiable besoin de montrer le monde, de le mettre à nu «Ces gens m’ont touché. Ils apprennent notre langue et n’y sont pas obligés. Ils ne savent pas lire le français, alors que nous pourrions très bien leur envoyer des livres. Le manque d’intervention de la France en Afrique est terrible. Il y a pourtant tant à faire en matière de santé et d’éducation… Je souhaiterais retourner au Tchad car j’ai la forte impression que nous n’avons pas pris nos responsabilités ».
Les amateurs du travail de Depardon qui auraient manqué la rencontre se rattraperont dimanche matin au cinéma le vauban. Le réalisateur y présentera Afriques, comment ça se passe avec la douleur ? Une exposition photo lui est également consacrée dans la halle Dugay-Trouin pendant toute la durée du festival.
Valérie Nescop
18:50 Publié dans 7 - Rencontres et débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



