25.05.2007
Rencontre avec l’écrivain Jean Rouaud
Ce vendredi 25 mai, dernier jour avant l’ouverture au grand public, le festival accueille les professionnels (éditeurs, documentalistes, bibliothécaires…). Un moment privilégié, qui leur permet de débattre avec les auteurs.
Les professionnels avaient rendez vous ce matin au théâtre Chateaubriand, pour évoquer le thème de la littérature monde avec l’écrivain Jean Rouaud. Un débat qui coïncide avec la sortie de l’ouvrage Pour une littérature monde en librairie (sous la direction de Jean Rouaud et de Michel Le Bris, directeur du festival). Ce matin, l’heure était aux explications. Le 16 mars, un article du Monde avait fait couler beaucoup d’encre…
Les cinq prix littéraires décernés cet automne à des écrivains dits « francophones » ont bouleversé l’organisation du festival ! Le thème de la littérature monde, initialement prévu pour la prochaine édition, s’invite plus tôt dans la ville malouine.
« Il est important de se débarrasser du côté militant qui pourrait être collé au manifeste, souligne l’auteur. Il faut au contraire le considérer comme une manifestation, un phénomène qui change dans le champs de la littérature française ».
Pour expliquer l’émergence d’un nouveau courant, l’écrivain revient sur la question du nouveau roman né après guerre (années 50-60-70), et qui met à mal l’intrigue romanesque, le héros, et le réel. En somme, une aventure de la phrase, et non plus du monde. Or, l’attribution des prix met en avant des « auteurs mondes ». Cependant ceux-ci sont assignés à une étiquette « littérature francophone », qui ne veut plus rien dire à l’heure actuelle : « il est urgent de poser cette manifestation, de lui donner un cadre, et de ne pas la négliger », poursuit l’auteur. Le français n’est plus la langue de la nation. Il s’agit d’une langue internationale. Le qualificatif francophone autorise une confusion avec la francophonie et l’OIF (organisation internationale de la francophonie) ». « Un écrivain comme Nancy Houston est classé dans la littérature française, alors que des auteurs maghrébins seront taxés d’auteurs francophones. Le clivage Nord Sud n’est toujours pas dissipé ».
Sur un ton léger, Jean Rouaud nous dévoile pourtant la solution : « regrouper les auteurs en littérature française et les classer par ordre alphabétique » ! Sur cette nouvelle génération d’écrivains décomplexée, l’auteur s’enthousiasme : « Ils ont moins de quarante ans et renouvellent les techniques romanesques. C’est une littérature fraîche, inventive et affranchie des codes et des interdits… ».
Valérie Nescop
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Commentaires
Paradoxe ! On a classé aussi un auteur né en France, de nationalité française, qui vit en France et écrit en français dans les auteurs francophones sous pretexte qu'il parle dans ses romans d'un autre pays d'où est originaire sa mère, et qu'il est publié d'abord en traduction dans ce pays. Second paradoxe : dans ce pays, cet auteur est considéré comme un étranger bien qu'il a pris la nationalité par solidarité, et ne peut concourir aux grands prix nationaux, faire partie des organisations littéraires... car il n'écrit pas dans la langue du pays. Par quel terme qualifier cet écrivain ? Un double éxilé ? Un écrivain sans terre ?
Le site de l'auteur : www.stefani-sen-senar.com
Ecrit par : Papillon | 26.05.2007
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