28.05.2007

Bombay : ville monde, ville monstre ?

« Bombay est une ville de désir et de violence à la fois » résume Suketu Mehta en ouverture du café littéraire de samedi après-midi. Une ville où se disputent une sensualité exacerbée, la spiritualité la plus haute et le matérialisme le plus terre à terre, à ajouter à la rancoeur sociale et aux haines religieuses ... Au centre de l’Inde passe en effet une ligne, certes un peu floue, entre les mondes musulmans et hindous.
medium_suketu-mehta.2.jpgMehta qui est né à Bombay d’une mère kenyane et d’un père de Calcutta, a vécu à New-York et Paris, a ressenti le besoin de revenir à l’Inde de son enfance. La ville a changé de nom en 1995, elle est devenue Mumbai, mais elle toujours « si gigantesque, si démesurée ». Pour le journaliste qu’il est, faire parler ses habitants n’est pas un problème. « C’est les faire taire, ou au moins rester concentrés sur le sujet qui est difficile ! » Alors son Bombay, maximum city : lost and found (objets trouvés) paru chez Buchet-Chastel en 2006 est un livre hybride. Entre la description géographique avec chiffres à l’appui, et une accumulation de rencontres avec des personnages variés : transexuels, dépossédés ou acteurs « bollywoodiens ». Au coeur d’un pays dont l’histoire ne cesse d’accélerer...

medium_gregory-david-roberts.2.jpgLe Sansharam (Flammarion, 2007) de Gregory David Roberts a lui aussi de forts relents autobiographiques. Comme son auteur au look de voyou, le personnage principal s’évade d’une prison australienne après une série de braquages au faux pistolet. Suivent 700 pages d’aventures à travers le sous-continent indien, et le gentleman cambrioleur devient Sansharam : « celui qui est habité par la paix de Dieu ». Son roman est déjà un succès de librairie dans le monde entier, et Johnny Depp vient d’en acheter les droits pour l’adaptation sur grand écran. On peut être réticent aux stratégies marketing, mais on est obligé d’admettre que l’on a là un excellent roman d’aventure !
medium_Altaf-Tyrewala.jpgEcrivain indien, Alaf Tyrewala s’est senti loin de chez lui pour la première fois en partant faire ses études aux USA. « J’ai alors senti le besoin de m’en rapprocher en écrivant de la fiction ». Son roman est une sorte de « micro-fiction », une série d’histoires, de portraits, dans un quartier musulman de Bombay. « J’ai parlé de ce que je connaissais : les pauvres et les classes moyennes ». On y croise donc un boucher qui court après un poulet, ou un faiseur d’anges qui propose des avortements en distribuant des prospectus dans cette même boucherie. Un petit monde où les destins semblent aussi tracés d’avance. Mais doit-on encore accuser les dieux ? « Je crois qu’il y a aussi le poids de l’habitude... » L’un des personnages a d’ailleurs cette phrase : « quand on crève de faim, le seul dieu que l’on invoque, c’est l’argent ! »

Jean-Marie Ily

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