27.05.2007

Paris d'Ailleurs

Suite du volet parisien de la thématique sur les « villes-mondes ». On nous propose cette fois un regard extérieur sur la capitale : Paris nous est présentée à travers les écrits de deux auteurs étrangers.
La foule s’est pressée dans la petite salle de l’Hôtel du Louvre. L’effet Douglas Kennedy transcende : ils avaient fait la queue nombreux, et ont accepté de rester debout pour entendre l’auteur nous raconter Paris tel qu’il peut le voir derrière ses lunettes noires, et surtout en ayant grandi à New York. Le Montréalais Jacques Godbout était également présent, son dernier roman La concierge du Panthéon (Seuil, 2006) se déroulant, on le devine, au cœur de notre capitale.

medium_kennedy1.2.jpgParis est un mythe d’écrivain. Pour Kennedy, « Paris respire la littérature ».
Le roman de Godbout l’illustre parfaitement : son héros, un météorologue québécois, part à Paris afin de se mettre à écrire. Le parallèle est alors facile à établir entre les romans des deux auteurs présents: le premier chapitre de chacun raconte l’arrivée à Paris de leur personnage principal. Et la confrontation de l’idée qu’ils se faisaient de la ville à sa réalité est rude. Dans La femme du Vè (Belfond, 2007), le roman de Kennedy, un américain à Paris se retrouve à vivre dans une chambre de bonne crasseuse. Et la suite sera plus noire encore.
Godbout considère lui que son héros s’est « trompé de ville », il recherchait un cosmopolitisme que les tarifs du Paris d’aujourd’hui ne permettent pas. Paris est une ville chère, elle ne s’offre plus. Cette tension continuelle entre le désir d’écrire du héros, et ce que fournit réellement la ville sera la trame du roman. L’éjection du cliché est réussie : le Paris rêvé proche de celui de Malraux ou de Sartre paraît alors bien loin.

medium_EV-041.jpgSon regard d’auteur sur une ville qui est étrangère, Douglas Kennedy le compare à celui de Simenon quand il envoya Maigret à New York. A la différence près que lui vit entre Londres et Paris. St Germain des Près, « l’enfer, le cauchemar », ironise-t-il. Il dresse le constat d’un communautarisme déplacé : on peut vivre à Paris sans côtoyer de français, il stigmatise ainsi à titre d’exemple les communautés anglophones. La vraie ville-monde aujourd’hui serait à ses yeux Londres. Godbout aussi constate ces « frontières invisibles » au sein de villes qui sont comme des « îles en dehors de la réalité » à l’image de Paris ou Manhattan. Pour lui, la situation d’étranger est un atout pour comprendre une ville. L’habitus différencié de celui qui vient d’ailleurs lui permet de remarquer plus facilement ce qui caractérise une société : Claude Levi Strauss a été bien plus pertinent que n’importe quel français dans son Triste Tropique.

Paris reste une ville « magnifique, superbe » rappelle Godbout. Mais Paris n’est plus LA ville qui compte : toujours monumentale, elle n’est plus aujourd’hui ce lieu de foisonnement intellectuel qu’elle a pu être. Les étrangers le constatent, les parisiens préfèrent l’ignorer. Encore une fois, hommage est rendu à la littérature monde en français, pour l’ouverture d’esprit et de vue qu’elle permet sur notre propre culture franco-française. Si Douglas Kennedy regrette qu’il n’y ait pas de grand roman contemporain où Paris serait personnage principal, la ville lumière s’est au moins vue héroïne d’un jour au festival.

Julie Heurtel

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