27.05.2007
Villers et De Goulaine : leur Paris d’Ici
En tendant l’oreille dans le hall de l’hôtel du Louvre, quelques minutes avant le début de la rencontre, on peut déjà entendre une voix, forcément familière. Aucun transistor allumé pourtant, celui qui nous attendait du plus lointain de ses rêves est bel et bien là, posé sur un canapé, discutant avec celle qui sera l’animatrice de la discussion. La surprise est double. Mettre un visage sur une voix est toujours fascinant, mais il y a aussi ces nombreux souvenirs qui remontent à la surface, appâtés par ce ton unique qui a rythmé le Tribunal des Flagrants Délires et bien plus encore, en quarante années de radio. De souvenirs, justement, il va en être question pendant cet échange autour des ouvrages de Claude Villers (Parigot, tête de veau, Denoël, 2007) et Robert de Goulaine ( Paris 60, Editions du Rocher, 2007) racontant chacun le Paris de leurs auteurs.![]()
Spontanément en se rencontrant, les deux auteurs discutent vin : l’un vit dans le Bordelais, l’autre produit du Muscadet, l’affinité est toute trouvée. Et c’est Villers qui réorientera la discussion dans le sujet initialement prévu, « Paris d’ici », remercié par l’animatrice qui peinait jusque là à arrêter ces deux bavards. « C’est un métier » répondra-t-il souriant.
Ce Paris que tout deux se plaisent à nous raconter, ils l’ont vu et vécu. Dans leurs livres, ils se sont fait voyageurs, « à nos fenêtres, et pas devant nos miroirs ». Robert de Goulaine conte le Paris des années 60, s’attachant à des personnages, des humanités, ses « inconnus célèbres ». C’est à travers ces extraits de vie de « gens extraordinaires » qu’on accède à ce Paris florissant des années 60, où se côtoient deux mondes, le jour et la nuit, qui se croisent au petit matin dans les hôtels particuliers. Claude Villers, lui, mêle souvenirs du Paris de ses dix ans, parcouru hardiment entre les domiciles de sa tante et de sa grand-mère, et précisions historiques remontant jusque Lutèce et les premières pierres parisiennes. Le travail de recherche lui a été naturel, l’homme est un grand lecteur ayant besoin sans cesse de la compagnie de livres. Quitte à s’en surcharger : la faute au « poids des mots ». Il a donc voulu approfondir ce qui titillait sa curiosité étant petit garçon. Il nous raconte alors comment il a cru pendant des années que « Montparnasse bienvenue » était un message d’accueil aux voyageurs, surprenant de la part des parisiens. Ou nous apprend l’histoire de Marguerite Sténaël, plus connue sous le nom de La Connaissance, la maîtresse de Félix Faure dans les bras _ « quoiqu’on n’en sache pas précisément plus sur leur position exacte » _ de qui il rendit son dernier souffle.
Ces deux hommes sont définitivement des raconteurs d’histoire. Leurs Paris sont des contes pour grands, et émerveillent tout autant, proposant une autre vision de la capitale. « J’ai vécu quinze ans à Paris, et pourtant j’ai découvert une ville » avoue l’animatrice. Mais si ce Paris semble révolu, les deux auteurs se refusent à tout passéisme : Villers « déteste la nostalgie », tout comme De Goulaine, qui se dit juste fasciné par « ce bal intemporel ». Alors non, ils ne regrettent rien, ou si peu, en cherchant bien. Ce qu’il est advenu des Halles et du Gaumont Palace pour Villers, des bistrots autrefois fréquentés, aujourd’hui disparus pour De Goulaine. Mais il enchaîne immédiatement : il y en a d’autres tout aussi extraordinaires aujourd’hui. Claude Villers citant Doisneau avec qui il a travaillé dans ses années parisiennes « il faut que ça change, sinon, on en serait encore à Lutèce », constate que la seule chose qu’on regrette en réalité, plus qu’une ville ou un lieu, c’est sa jeunesse.
Ils ont encore soif de découverte nos deux parisiens reconvertis à la Province, ils se targuent de garder une curiosité permanente. Si De Goulaine s’affirme « désespéré », c’est seulement pour mieux apprécier l’instant et ne pas vivre dans l’attente, dans l’espoir de... Villers insiste sur l’importance de se souvenir d’où on vient.
C’est ce qu’ils font dans ces deux ouvrages, où le Paris ville monde prend corps dans les mots de ceux qui l’ont vécu. Et la malice qu’ils dégageaient, l’un comme l’autre, peut nous faire douter que les années ont passées depuis ce Paris conté.
Julie Heurtel
17:50 Publié dans 6 - Les Villes monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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