27.05.2007

Pierre Dubois, un portrait

Il y a une scène, et même un micro mis à sa disposition, mais Pierre Dubois préfère descendre dans l’arène. Samedi, 15h, au Village des conteurs _ nouveau lieu dédié aux lectures pour les plus jeunes - comme très souvent l’elficologue jovial se produit devant un parterre d’enfants médusés par sa présence.medium_jpg_pierredubois.jpg
Sa silhouette noire, massive et hirsute, habite l’espace, courbé en deux comme le lutteur préparant l’assaut, il entre dans son histoire, entraîne les enfants à sa suite. Dans son monde. Son imaginaire. Levant des mains crochues lorsqu’il évoque la sorcière cacochyme, sautillant _ « cataclop, cataclop »_ quand arrive le chevalier, il prend mille voix différentes, mille visages impensables. Évoquant tantôt un Père Noël débonnaire noirci à la suie des cheminées, tantôt l’ogre redouté sorti des sous-bois pour saisir, soulever haut au-dessus du sol (littéralement !), les enfants qui n’auraient pas été sages et les emporter à jamais dans son antre !

Les enfants, justement, sont subjugués par le spectacle, ils rient, tressaillent et parfois pleurent. Ils vivent l’histoire et en redemandent. C’est que Pierre Dubois n’est pas un conteur comme les autres. En plus d’incarner physiquement ses personnages, il a le don de s’adresser aux enfants dans un langage qui leur parle immédiatement. Réalisant la fusion insensée de l’univers des contes et de celui de l’actualité la plus récente. Dans cet espace, le sombre maître du château a les traits de Christopher Lee et veut raser le monde pour y planter du maïs transgénique à perte de vue, l’intrépide chevalier, fort en gueule mais poissard, se nomme Bernard Tapis et le nain aux grandes ambitions, celui qui veut devenir « Calife, Roi, Empereur, Maître du Monde : Reine d’Angleterre ! … c’est Sarkozy ! »

Pierre Dubois improvise, dévide la pelote sans fin de son imagination. Mais surtout, il réalise la fusion parfaite, la collision en douceur de deux mondes qu’on présente habituellement comme trop différents, deux mondes qui cohabitent à peine. D’un côté, un univers que l’on pourrait penser replié sur lui-même, fini, parce qu’il nous vient de traditions parfois millénaires, parce que trop codifié, parce qu’échappant à la raison. De l’autre, l’univers quotidien d’un enfant du XXIe siècle, tellement riche, strié d’informations, balisé d’écran de télévision, anxiogène, sans doute, compris parfois trop bien, parfois fantasmé. Et voilà que, réunissant ces deux pôles, Pierre Dubois, gladiateur du fantastique, dompte les angoisses enfantines en leur offrant de nouvelles possibilités de questionner le monde. Et les parents, qui ne se sont pas privé de rire aux histoires du bateleur en noir, s’en réjouissent visiblement.

Jonathan Rolland

Prix Nicolas Bouvier

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David Fauquemberg et Eliane Bouvier

David Fauquemberg a reçu le prix Bouvier pour son premier ouvrage Nullarbor (Hoebeke, 2007).

Jean-Marie Ily

Dans le monde sauvage

16h, le café littéraire ne désemplit pas, les festivaliers s’agglutinent pour pouvoir s’évader... La rencontre porte sur le monde sauvage et notamment les grands espaces américains. Un thème réccurent du festival, Jim Harrison (Dalva, Christian Bourgois, 1989 ; 10/18, 2004) était venu en l'an 2000, Elwood Reid (La seconde vie de D.B. Cooper, Albin Michel, 2005) l’an passé.

Cette année, Dan O’Brien a quitté son ranch où il élève des bisons (Les Bisons du Coeur-Brisé, Au Diable Vauvert, 2007), Mariusz Wilk a laissé derrière lui le Grand Nord russe (La maison au bord de l'Oniégo, Noir Sur Blanc, 2007). Melanie Wallace les accompagne. Son livre Sauvages (Grasset, 2007) se situe dans les Grandes Plaines de l’Amérique de l’Ouest mais elle y aborde le thème de l’enfermement. C’est sur cette contradiction qu’est lancé le débat.

medium_o_brien.jpgQuant à Dan O’Brien, il explique dans un livre teinté d’autobiographie comment les vaches importées d’Europe ne sont pas faites pour les grandes plaines, d’où son intérêt pour les bisons. Elles donnent l’impression d’être des peintures qui ne cadrent pas dans le paysage : « elles ne sont que des touristes ! », s’indigne-t-il. Plus profondément, Dan O’Brien dresse le portrait des habitants de ces espaces reculés, et leur redonne une histoire qu’ils ne connaissent pas eux-mêmes. Et Mariusz Wilk de renchérir que les autochtones du nord-ouest de la Russie ne sont pas nombreux non plus à connaître leurs ancêtres. « J’ai l’impression que Dan O’Brien et moi écrivons des choses similaires, lui à l’Ouest et moi à l’Est ».

medium_wilk.jpgGrand voyageur, Mariusz Wilk est né en Pologne avant de traverser le grand nord russe, les pays baltes et bien d’autres pays. Parti à la rencontre des populations locales, il prétend que « pour bien voyager, il faut rester longtemps au même endroit ».

Julie Zaug