27.05.2007

Ecrire en français par hasard, ou par nécessité

medium_débat-français-langue-étran.jpgPour un auteur d’origine étrangère, écrire en français peut relever simplement « du hasard géographique », comme pour Souleymane Diamanka. Ce Français originaire d’Afrique de l’Ouest prend quelques instants pour déclamer de sa voix grave et chaude un texte-mélopée. Il jongle allégrement entre les langues française, peule mais aussi polonaise ! Le public, pourtant profane, est conquis par le charme du slameur... Le thème du débat de ce dimanche après-midi est « j’écris en français dans une langue étrangère ». Aux côtés de Souleymane Diamanka on retrouve Anna Moï, qui utilise la langue de Molière pour des raisons qui sont cette fois beaucoup plus politiques : « au Viêt Nam, on ne me laisserait jamais cette liberté totale... D’ailleurs les auteurs chez nous ne publient que des nouvelles, des textes courts et neutres, tant la langue est censurée ! ». La France est restée un refuge de libres penseurs.

Pour l’allemande Bertina Henrichs, par contre, le choix d’écrire en français est lié « à des raisons biographiques ». Un départ d’Allemagne dans les années soixante-dix pour fuir son propre passé et le poids étouffant de l’histoire de son pays. « On m’a fait ressentir cette trahison. Mais maintenant que je suis réconciliée avec ma famille et mon pays, alors oui, peut-être, j’écrirai de nouveau en allemand ». Zahia Rahmani, elle, est fille de harkis, « rejetés là-bas, mais pas vraiment acceptés ici ». Dans son dernier ouvrage, elle dépeint son enfance dans un petit village de Picardie : « une france d’après mai 68, rurale, abandonnée, acculturée, sans livres ni musique. » Elle a le discours - et le charisme - d’un futur ministre de la Cohésion sociale ! C’est la littérature américaine qui l’a amenée à la littérature. Car déplore-t-elle, « au contraire de la littérature française, elle dépeignait la réalité de l’immense foule des anonymes, ceux qui ont fait le monde mais que l’on n’écoute jamais ». Et, au contraire des auteurs français, « ils utilisent une langue simple, proche des gens». Bien sûr, ils avouent à peu près tous que le souci de l’hypercorrection, syndrome de l’exilé, a pu parfois les guetter. « Mais qu’on ne me parle pas d’académisme ! Boris Vian, Raymond Queneau et tant d’autres prenaient des libertés avec la langue ! » réagit Anna Moï.

Enfin, y-a-t-il des mots intraduisibles d’une langue à l’autre, des termes qui manquent à l’une, et pas à l’autre ? « Je crois plutôt que les écrivains d’origine étrangère apportent de nouveaux mots. Ils enrichissent la langue » reprend Zahia Rahmani. Souleymane Diamanka conclut : « Bien sûr nous puisons dans deux imaginaires différents. Mais on trouve toujours les mots. Ils existent déjà, ils sont contenus dans l’alphabet. Leonardo De Vinci disait que la sculpture est déjà contenue dans le bloc de pierre ! ». Ses mots à lui, ceux de son « oralité manuscrite », il les a trouvés dans son enfance bordelaise, et dans les cassettes où son père s’enregistrait, en peul, pour transmettre sa langue à ses enfants.

Valérie Nescop

Paris d'Ailleurs

Suite du volet parisien de la thématique sur les « villes-mondes ». On nous propose cette fois un regard extérieur sur la capitale : Paris nous est présentée à travers les écrits de deux auteurs étrangers.
La foule s’est pressée dans la petite salle de l’Hôtel du Louvre. L’effet Douglas Kennedy transcende : ils avaient fait la queue nombreux, et ont accepté de rester debout pour entendre l’auteur nous raconter Paris tel qu’il peut le voir derrière ses lunettes noires, et surtout en ayant grandi à New York. Le Montréalais Jacques Godbout était également présent, son dernier roman La concierge du Panthéon (Seuil, 2006) se déroulant, on le devine, au cœur de notre capitale.

medium_kennedy1.2.jpgParis est un mythe d’écrivain. Pour Kennedy, « Paris respire la littérature ».
Le roman de Godbout l’illustre parfaitement : son héros, un météorologue québécois, part à Paris afin de se mettre à écrire. Le parallèle est alors facile à établir entre les romans des deux auteurs présents: le premier chapitre de chacun raconte l’arrivée à Paris de leur personnage principal. Et la confrontation de l’idée qu’ils se faisaient de la ville à sa réalité est rude. Dans La femme du Vè (Belfond, 2007), le roman de Kennedy, un américain à Paris se retrouve à vivre dans une chambre de bonne crasseuse. Et la suite sera plus noire encore.
Godbout considère lui que son héros s’est « trompé de ville », il recherchait un cosmopolitisme que les tarifs du Paris d’aujourd’hui ne permettent pas. Paris est une ville chère, elle ne s’offre plus. Cette tension continuelle entre le désir d’écrire du héros, et ce que fournit réellement la ville sera la trame du roman. L’éjection du cliché est réussie : le Paris rêvé proche de celui de Malraux ou de Sartre paraît alors bien loin.

medium_EV-041.jpgSon regard d’auteur sur une ville qui est étrangère, Douglas Kennedy le compare à celui de Simenon quand il envoya Maigret à New York. A la différence près que lui vit entre Londres et Paris. St Germain des Près, « l’enfer, le cauchemar », ironise-t-il. Il dresse le constat d’un communautarisme déplacé : on peut vivre à Paris sans côtoyer de français, il stigmatise ainsi à titre d’exemple les communautés anglophones. La vraie ville-monde aujourd’hui serait à ses yeux Londres. Godbout aussi constate ces « frontières invisibles » au sein de villes qui sont comme des « îles en dehors de la réalité » à l’image de Paris ou Manhattan. Pour lui, la situation d’étranger est un atout pour comprendre une ville. L’habitus différencié de celui qui vient d’ailleurs lui permet de remarquer plus facilement ce qui caractérise une société : Claude Levi Strauss a été bien plus pertinent que n’importe quel français dans son Triste Tropique.

Paris reste une ville « magnifique, superbe » rappelle Godbout. Mais Paris n’est plus LA ville qui compte : toujours monumentale, elle n’est plus aujourd’hui ce lieu de foisonnement intellectuel qu’elle a pu être. Les étrangers le constatent, les parisiens préfèrent l’ignorer. Encore une fois, hommage est rendu à la littérature monde en français, pour l’ouverture d’esprit et de vue qu’elle permet sur notre propre culture franco-française. Si Douglas Kennedy regrette qu’il n’y ait pas de grand roman contemporain où Paris serait personnage principal, la ville lumière s’est au moins vue héroïne d’un jour au festival.

Julie Heurtel

Muriel Bloch au Magic Mirror

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Le vent et pluie se déchaînent ce dimanche après-midi sur St Malo, et le Magic Mirror n’est pas épargné. Mais qu’importe, Muriel Bloch intègre les ondulations de la toile et le vacarme des averses dans ses histoires, et émerveille son auditoire. On se couvre les oreilles, et on se blottit bien à l’abri dans ce petit bout de caverne d’Ali Baba. La conteuse nous emmène avec elle, loin, pour d’étonnants voyages. On la suit des origines du monde, avec l’histoire de Grand Corbeau qui tombe amoureux de l’âme d’une baleine, aux plaines de Mongolie où le petit chameau blanc recherche sa mère. On écoute l’amour, impossible et pas français, contrarié mais jamais réduit à néant.
Pour ces Contes d’Amour autour du Monde, Muriel Bloch est accompagnée de Guilla Thiam, chanteur et musicien (guitare, fredonneries et battements de cœur sur calebasse) et de Fred Costa aux soufflants en tout genre (saxo, clarinettes, tuyaux) et aux machines. Sa capacité à incarner chaque mot qu’elle nous offre fait vivre ses histoires. « C’est presque mieux qu’une télé » dit Maëlle, 5ans, à la sortie. La différence ? Sûrement le brin de magie en plus...

Julie Heurtel