27.05.2007
Cinémonstres de Bilal
Il y avait une queue monstre, dimanche, devant le Magic Mirror. Les badauds, interloqués, avaient rapidement rejoint le cortège, malgré la pluie. Derrière le chapiteau, un autre monstre : Enki Bilal. Malheureusement, tout le monde n’a pas pu rentrer, malgré les tentatives de l’équipe du dessinateur.
Cette fois, il n’est pas question de bande dessinée, mais de « cinémonstres », une projection d’un film singulier, reprenant Bunker Palace Hotel, Immortel et Tykho Moon, ses trois films. Habituellement peu bavard, Bilal , s’est expliqué sur son « projet monstre » : « Ce que vous allez voir est une reconstitution, un objet filmique non identifié. Il s’agit d’un travail d’art brut contemporain, réalisé en trois jours, commandé par la GEODE à Paris. Ce travail est volontairement non narratif. C’est une matière condensée, un objet tout à fait atypique ». Le ton est donné ! Ce qui va nous être présenté sera énigmatique, voire un peu angoissant. Le contexte météorologique malouin semble même faire partie du décor… « Il fait froid », observe Bilal : « J’en suis ravi ». Dans ces conditions particulières, la projection est lancé…
Une heure dix plus tard, le public est quelque peu abasourdi. Rupture, couleurs froides, chevelure rouge fluo, violence, cinq langues étrangères différentes : Le film interpelle. Les premières réactions à chaud sont difficiles… Toutefois, Julien se lance : « Je vous ai beaucoup lu, mais jamais vu. Au départ, j’ai essayé d’y trouver un sens, puis je me suis concentré sur les images et le son. J’ai eu un temps l’impression de me trouver dans votre univers - excusez-moi de vous le dire - plutôt angoissant ». La réaction d’une spectatrice arrache quelques sourires dans l’assemblée : « Je n’avais lu ni livres ni bd. J’ai trouvé ce film étrange, violent, et la part d’humour dont vous parlez m’a totalement échappée. Je m’inquiète pour votre tête ! J’ai apprécié le film, toutefois je ne peux m’empêcher … (elle hésite) : Quelle est votre part d’humanité dans tout ça ? » Enki Blilal rigole, mais visiblement, le commentaire fait mouche : « Ca va mieux dans ma tête », plaisante t-il ! « Je suis conscient qu’il s’agit d’un film particulier. J’ai souhaité garder l’idée de plusieurs langues. La démarche, c’était de ne pas sombrer dans la sophistication, de ne pas chercher un sens, puisque cet objet n’est pas destiné à la commercialisation. Il s’agit d’un ovni ! Je pense par exemple à des œuvres de Lynch. Ses œuvres, pourtant fascinantes, sont hermétiques. Je m’inscris un peu dans la même démarche. La compression de ces trois films, bien que singulière, fait sens. J’aimerais beaucoup que Godard en fasse de même avec ses films ».
Bilal, c’est surtout des thèmes récurrents, obsessionnels… « J’ai l’impression de raconter toujours les mêmes histoires : des personnages manipulés, qui se déplacent tout le temps, en quête d’identité. C’est peut-être dû au fait que je n’ai jamais connu la paix durant mon adolescence. Certains lieux comme les hôtels ou les salles reviennent tout le temps. Mais que dois-je faire ? » .
Dans « cinémonstres », la violence est omniprésente, miroir de l’être humain : « mes films sont violents, mais cette violence ne me déplaît pas, car elle n’est pas gratuite. Elle est le fait des personnages les plus vils. Le sommeil du monstre, c’est le monstre qui sommeille en chacun de nous, et je suis intimement persuadé que l’homme et la monstruosité sont liés. Cette obsession de la mort que l’on m’octroie est fausse. Il s’agit plutôt de la non-mort ». L’auteur souligne toutefois l’humour, parfois salvateur du film, « Les gens ont peur de mourir. Trintignant se clone dans le film, Piccoli, lui, ressuscite. Il y a quand même de l’espoir ».
C’est sur cette note de poésie que s’achève une rencontre atypique, autour de l’œuvre étrange réalisée par un Bilal « monstrueusement » talentueux.
Valérie Nescop
17:55 Publié dans 7 - Rencontres et débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Gros plan sur... Pierre Bottero
« Dès l’âge de 10 ans, j’aimais être ce chevalier, muni de son épée en bois, pour vaincre les pics de bambou lancés par les monstres… ». Cet après-midi, Le Magic Mirror accueillait le sympathique et fantasque Bottero, auteur pour la jeunesse, qui était « étonné et à la fois très content qu’il y ait du monde qui se soit déplacé pour lui » !
Son rapport à l’écriture ? L’homme, d’emblée, est intarissable : « Quand j’étais gamin ; un bibliobus est passé près de chez moi. L’homme à l’intérieur était un magicien et m’a initié aux auteurs fantastiques. Il m’a tendu un pavé qui a changé ma vie… Si les livres de Farmer et Leiber avaient alimentés mon appétence pour le fantastique, Le seigneur des anneaux, lui, m’a mis une claque et m’a transporté ».
Un imaginaire débordant, des idées à revendre, et une forte attirance pour le fantastique… Mais comment s’est fait le passage à l’écriture ? Souriant, Pierre Bottero narre son histoire : « J’étais instituteur avant, un peu par dépit. J’aurais préféré être dresseur de monstres », souligne-t-il en direction des enfants. Le passage à l’écriture s’est fait d’une manière tout à fait inattendue : « ma fille aînée, Brune, devait écrire une nouvelle pour l’école et avait la ferme intention de gagner le concours. Pourtant, la page est restée blanche, et je lui suis venue en aide. J’ai commencé à créer une histoire dont elle était l’héroïne et ne me suis pas arrêté. Une fois l’histoire terminée, nous nous sommes amusés à envoyer des exemplaires à des éditeurs. L’un d’entre eux m’a donné ma chance… ».
L’auteur nous explique ensuite comment lui est venue l’idée d’écrire pour sa seconde fille, Camille (désireuse, elle aussi, de connaître son quart d’heure de gloire) ! « J’étais dans mon lit. J’ai imaginé ma fille en rêve avec son cartable, en haut d’une colline. Un monstre géant arrivait sur elle. Que pouvait-elle faire ? Je ne pouvais pas sortir une baguette magique, on m’aurait accusé de plagier Harry Potter ! Je l’ai alors imaginée sortant une gomme de sa trousse, pour gommer le monstre dans le ciel ». C’était le début de La quête d’Ewilan, qui connaît actuellement un vrai succès auprès des plus jeunes.
En ce qui concerne les projets, l’auteur sourit et semble très enthousiaste : « Je suis en train d’écrire une nouvelle série qui s’intitulera L’autre. Cela diffère bien évidemment de la quête d’Ewilan, toutefois, je veux quand même les lier. Je souhaiterais qu’il y ait des passerelles entre mes œuvres, même si cela ne doit pas nuire à la compréhension. Je prends beaucoup de plaisir à le faire ». Une fois la séance terminée, Pierre Bottero invitera tous ses lecteurs à le rejoindre pour une séance de dédicaces. Résolument sympathique…
Valérie Nescop
17:55 Publié dans 4 - Festival jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'île aux trésors
Avec le temps maussade qui s’est abattu sur les remparts ce dimanche, l’envie de flâner dans les allées couvertes du festival s’est accrue…
Les parents, eux, sont satisfaits. Ils peuvent partir à la chasse aux dédicaces d’auteurs et illustrateurs en toute quiétude. Le lieu salvateur : L’île au trésor, un espace destiné aux petits bouts de choux de 6 à 12 ans, et ouvert en continu de 10h à 19h.
« C’est génial », confie la petite Louise, 7ans, « on a l’embarras du choix et on peut rencontrer pleins de copains ». Cette mystérieuse île est en effet un appel constant à la création. 11h, programme chargé ; on peut s’initier à la gravure sur gomme dans un atelier d’une heure animé par Joëlle Jolivet. Et à quelques pas de là, l’usine à mots se met en marche : pendant une heure, les petits vont découvrir les secrets des hiéroglyphes.
Entre les deux attractions, un atelier de réalisateurs en herbe… L’équipe des studios JPL de Rennes est motivée et met tout en œuvre pour supeviser la réalisation d’un film d’animation par les enfants. Les petits se relaient sur trois jours, autour du thème du festival, « la littérature monde ». Le rendu : la terre, soutenue par des jambes de papier, et des mots qui sortent d’un champs, d’un pas décidé! Le film sera projeté lundi, au Magic Mirror.
Attention toutefois ! Les animations sont attractives, et il est parfois difficile de participer aux ateliers sans s’y être inscrits au préalable. Heureusement que les Mange Livre assurent… Pour combler l’attente : jeux de cartes, puzzles, dessins, livres et petites voitures sont au rendez-vous !
Cette année, un espace conte s’est ouvert. Les auteurs jeunesse viennent lire ou raconter des histoires qu’ils ont écrites ou illustrées. A 11h, les bambins étaient bien au chaud à écouter Alligatordu, de Nadia Gypteau.
Un panel de sensations, qui devrait préparer les étonnants voyageurs de demain…
Valérie Nescop
17:55 Publié dans 4 - Festival jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

